Je me disais que ce serait facile.
Je ne suis pas restée longtemps dans cette relation. Pourquoi aurais-je des séquelles ? J’avoue que je me suis dite que plus courte est la période passée dans une relation toxique, moins « graves » sont les séquelles qu’elle laisse. Encore une fois, j’ai voulu minimiser, banaliser ce que j’avais vécu.
La vérité, c’est que cet homme contrôlait tout insidieusement. Et suffisamment longtemps pour que je tombe dans ses griffes, dans ses habitudes. Bref, dans son emprise. Je pensais que je reprendrais ma vie, mes repères, mes habitudes en un claquement de doigts. Mais non. Ce n’est pas aussi simple !
Comme du venin, il s’est infiltré en moi, jusque dans ce que j’aimais le plus. C’était si beau dans ma tête. Mais cette flamme, ce n’était pas celle qui m’a éclairée pour sortir de mon célibat, c’est celle qui m’a brûlée. J’ai honte de ne pas avoir vu les signaux plus tôt. Je m’en veux pour tout ce que j’ai vendu, pour les décisions que j’ai prises sous son influence.
Je sais que c’est temporaire, mais le chemin de la guérison est plus long que je l’imaginais. Il m’arrive encore de côtoyer la colère, l’impulsivité, le manque d’empathie, l’impatience, le désir de vengeance, les achats compulsifs. Et pourtant, ce n’est pas moi.
J’apprends à composer avec tout ça, mais quand toutes les sphères de ta vie sont touchées, la mèche devient courte. Quand je veux aller trop vite, tout régler d’un coup, je perds le cap. Et ralentir, prendre les choses une à une, ce n’est pas dans ma nature. Je suis habituellement « en contrôle », mais ce que j’ai vécu n’a rien de normal.
J’ai vendu les mauvais souvenirs pour me réapproprier qui j’étais. Souvent, je me suis demandée si ce que je voulais, je le voulais vraiment… ou si c’était encore une trace de lui. Comment peut-on se perdre à ce point-là ?
Comme il ne prenait pas soin de moi, qu’il ne respectait pas mes besoins, j’ai compensé par des achats impulsifs, juste pour me faire plaisir. Mais ce bonheur-là était passager, un simple pansement sur une plaie qu’il fallait soigner en profondeur. Il ne respectait pas non plus mes choix alimentaires, et j’ai fini par adopter les siens sans même m’en rendre compte. Je croyais bien manger, jusqu’à ce que je réalise que je n’arrivais plus à reprendre le dessus, à retrouver le mode de vie qui, autrefois, me faisait tant de bien.
Quand quelque chose qu’il a touchée se brise, la colère remonte. Je mets tout sur sa faute, comme s’il avait laissé un mauvais sort sur tout ce qu’il a effleuré. On dirait que je dois rebâtir chaque sphère de ma vie, avec un cerveau et une mémoire qui ne sont pas encore redevenus comme avant.
Et pourtant… je suis surprise de la résilience qui m’habite. De cette force tranquille qui me pousse à transformer cette épreuve en quelque chose de porteur. Et si tout ne redevenait pas comme avant ? Peu importe. Je suis encore moi, mais dans une version nouvelle, façonnée par ce que j’ai traversé.
Cette épreuve a peut-être réveillé de vieux démons, mais elle m’a surtout apprise à nommer mes besoins, à poser mes limites, à penser à moi sans culpabilité. Ralentir n’est pas un signe de faiblesse, je ne suis pas condamnée à rester dans le rôle de la victime.
Ça prendra le temps qu’il faudra, mais je vais reconstruire chaque petit morceau. Et cette fois-ci, je bâtirai quelque chose de solide ; pour moi.
— Anonyme



