Jeune adolescente en détresse qui tente de cacher son visage pendant que deux garçons derrière elle la regardent et se moquent d’elle.

Mettre fin à cette guerre en moi

Tu as peut-être déjà entendu la phrase : ce à quoi tu fais face s’efface, ou encore, ce que tu fuis finira par te retrouver.

Après des années à avoir enfoui mon secret dans le cimetière de mes blessures, il a fini par refaire surface. Et c’est là que j’ai compris mes comportements, mes choix, mes décisions. J’aurais donc dû en parler et insister. Peut-être que certaines sphères de ma vie auraient été différentes. Bref, c’est là que j’ai compris que je devais prendre le taureau par les cornes et qu’une grosse démarche pour ma santé mentale allait devoir se faire.

Parce que les patterns n’allaient pas partir tout seuls. Que je devais arrêter de banaliser le tout, parce qu’aux yeux des autres, je suis une femme forte, résiliente. Parfois, on doit faire tomber les masques.

Voici mon histoire, celle que j’ose raconter. Parce que si ça peut aider juste une personne, ça en aura valu la peine.

Plus jeune, j’ai été la seule à avoir les menstruations ainsi qu’un début de poitrine au primaire. C’était hyper angoissant. Mon arrivée en secondaire 1 a été la pire.

Humiliation par la prof au cours d’éducation physique devant tout le monde.

Je me suis toujours fait petite, mais ma poitrine, que je tentais de cacher, était tout de même bien présente. C’est alors que deux garçons plus vieux ont commencé à la remarquer…

À cette époque, on parlait très peu de consentement, d’agressions sexuelles ou de sensibilisation.

Jeune fille bouleversée qui s’éloigne pendant que deux adolescents derrière elle l’intimident et envahissent son espace.Ces deux garçons plus vieux ont commencé à m’intimider : mettre mon foulard dans le bac de canettes souillées, me pousser dans un coin pour me toucher la poitrine,  l’entrejambe… et ce, sous le regard des autres qui ne disaient rien.

Je ne voulais pas en parler, car je ne voulais pas « encore » avoir l’attention mise sur moi, comme la fois avec la prof d’éducation physique.

Mais ça continuait.

On me lançait des choses pour que je les ramasse, en espérant avoir une petite vue sur mes seins par le col de mon t-shirt. Lors des travaux d’équipe, j’en avais un de chaque côté de moi pour me toucher les cuisses et plus haut encore.

J’avais l’attention que je voulais, mais pas de la bonne façon.

Ils voulaient que j’aille chez eux sur l’heure du midi pour coucher avec moi pendant que les parents étaient au travail.

Un jour, j’ai trouvé la force de dénoncer ces situations à madame M., qui leur donna une retenue d’un soir. Ce n’était rien pour eux. Puis, le cauchemar a continué. Encore sous les yeux des autres qui ne disaient jamais rien.

Je me suis sentie seule, vulnérable, sans savoir quoi faire avec ça, encore une fois.

Quelque temps plus tard, j’ai trouvé le courage de retourner voir madame M. Toutefois, je n’oublierai jamais ce qu’elle m’a répondu : « Arrête, tu veux juste de l’attention. »

Ma tête a compris que c’était une façon d’avoir de l’attention.

Mes agresseurs ont encore eu le champ libre. Un à chaque bout du corridor… mais comment je pouvais m’en sortir alors que personne ne m’aidait ?

Finalement, ce qui m’a sauvée, c’est d’avoir déménagé et changé d’école. J’ai encore été intimidée quelque temps, mais je me suis mieux fondue dans la masse.

Malheureusement, j’ai grandi dans des relations où j’ai utilisé mon corps pour avoir de l’attention.

En période de célibat, j’ai utilisé mon corps pour plaire, car je pensais que c’était comme ça qu’on pouvait être aimée. J’ai dit oui à des choses alors que je voulais dire non. J’ai mal interprété certains comportements et je n’ai pas cherché à valider mes perceptions, de peur qu’on m’abandonne.

J’ai écouté les autres au lieu de me concentrer sur mes ressentis et à travailler sur moi pour apprendre à dire non, comprendre mes patterns, comprendre pourquoi j’ai tant persisté dans des relations où j’aurais dû tirer la plug bien avant.

Avec le temps, en consultation, je me suis rendue compte de toutes les erreurs que j’ai commises. Avoir trop parlé ou pas assez. Avoir mal interprété et ne rien avoir validé…

La claque dans la face, je l’ai eue quand j’ai commencé une nouvelle relation à travers laquelle je me suis vraiment choisie et écoutée.

Mais sortir de mes anciens patterns en assumant qui je suis et qui je veux être, c’est tout un laboratoire. Ça me pousse à me questionner, valider ma compréhension, nommer mes besoins et mes limites. Chose que je n’avais jamais vraiment faite auparavant.

Je passe actuellement par plusieurs étapes : accepter, me pardonner, arrêter d’en vouloir aux autres qui ne m’ont jamais aidée à dénoncer la situation, gérer la haine que j’ai envers Madame M., la culpabilité, la honte… et j’en passe.

Ça fait vraiment mal intérieurement d’avoir des comportements que l’on ne veut pas avoir, mais qui sont tellement ancrés.

Mais le plus beau cadeau que je puisse me faire, c’est de guérir tout ça.

Je remercie la vie d’avoir un conjoint patient avec moi, qui m’aide dans mon cheminement à sa façon et qui comprend que crever l’abcès n’est pas facile, mais que c’est pour le mieux.

 

— L’hypersensible atypique

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