Sapin de Noël illuminé et cadeaux au sol près d’un foyer, symbolisant un moment de calme, de chaleur et de réconfort intérieur.

Noël, je te fuis

Vous me direz que le temps des Fêtes est une belle période joyeuse, rassembleuse, avec ses décorations qui brillent et scintillent. Mais pour moi, ce fut agréable jusqu’au début de l’âge adulte.

Certes, je n’étais pas dans la meilleure relation amoureuse du monde à ce moment, mais je devais apprendre, faire des erreurs. J’ai souvent eu des conjoints qui appréciaient plus ou moins ma famille, ce qui faisait en sorte que Noël, c’était compliqué. Aller dans ma famille ou dans la sienne ? Faire les deux en rapide avec la route à faire ? On mange traditionnel ou on paie un traiteur ? C’est moi qui devais payer les cadeaux d’échange, sourire comme si de rien n’était, tout excuser. Dès novembre, le brouillard dans ma tête s’installe, j’imagine déjà les scénarios et les solutions probables pour Noël.

Dans les premières années, un conjoint d’un membre de ma famille me faisait des avances afin que nous allions nous cacher pour aller coucher ensemble en s’enfuyant quelque part dans la soirée pendant que tout le monde était occupé à jouer à des jeux. J’étais jeune et naïve, et les attouchements subis à l’âge de 13 ans m’avaient « enseigné » que c’était la façon de plaire, de se faire dire qu’on est belle, etc. Je n’ai pas pris ça au sérieux, et finalement, quand j’ai osé en parler au membre de ma famille en question, je me suis fait rejeter par celui-ci. Encore de l’huile sur le feu, j’avais honte d’avoir parlé. Et ça tournait encore dans ma tête, le pattern des attouchements recommençait. À cette époque, quand j’ai voulu dénoncer la deuxième fois, on m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais : « Tu veux juste de l’attention ». Un poids qui s’ajoute dans la balance du côté de « Noël, je te déteste ».

Un autre 25 décembre m’ayant marquée est celui où mon père et sa famille m’ont traitée de fille ingrate. Et ça a été la goutte qui a fait déborder le vase, qui m’a fait couper le lien avec toutes ces personnes pour enfin mettre mes limites pour ma santé mentale, avec les autres situations du passé. Ils m’avaient envoyé une invitation par courriel pour Noël (le téléphone existe encore, mon courriel avait été piraté), le message ne s’est jamais rendu à moi. Malgré le malentendu, j’ai reçu, par la suite, maintes insultes par Messenger ; j’étais la vilaine fille unique de son père, malveillante… alors que je me suis épuisée à l’aider. Encore un autre événement qui me fait devenir la Grinch de Noël. Mon nom de famille est Noël en plus… coïncidence ? Mauvais sort ? Mauvaise blague ?

Femme emmitouflée dans un manteau et une écharpe, le regard mélancolique, debout près d’une porte, avec un sapin de Noël illuminé en arrière-plan.Avec les années, j’ai développé une tactique pour fuir Noël : être celle qui s’offre pour travailler cette journée-là. Je faisais partie des professionnels de la santé, alors cette excuse était parfaite pour moi. Je disais que j’étais dans les dernières personnes entrées en poste, que c’était donc à moi de travailler les jours fériés. Quand j’y repense, j’ai un peu honte de m’être privée de moments en famille, même si j’avais tout de même l’occasion de célébrer avec les membres de ma famille plus proches à un autre moment. Le temps passe, et c’est toujours un peu comme ça, malgré un changement de carrière et une nouvelle vie. C’est peut-être ma perception, mais on dirait que c’est toujours moi qui ai eu à faire des concessions, ou des « mauvais choix d’apprentissage de la vie », pour que tout le monde soit content. Je me sens triste quand je déçois quelqu’un ou que je ne vais pas en ce sens, comme si mon besoin et mon souhait n’étaient pas légitimes.

J’essaie aujourd’hui de nommer un peu plus mes besoins et mes limites. De me permettre de dire non, et d’accepter que les choses ne soient pas toujours comme on le souhaite, parce que ça fait partie de la vie. Parfois, on gagne. Parfois, on perd. Mais il ne faut pas oublier l’essentiel. Je me prévois un petit moment à moi pour me déposer durant cette période et voir des personnes que j’aime, ça me permettra d’être un peu plus de bonne humeur à Noël. Ce n’est pas encore parfait et je ne sais pas si cela le sera un jour. J’ai espoir que, d’un Noël à l’autre, je trouverai mon équilibre, pour que le chaos intérieur de novembre soit toujours de plus en plus doux.

 

— L’hypersensible atypique

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