Il y a des soirs où parler à travers un écran fait moins peur que de cogner à une porte. Et parfois, c’est là, dans ces échanges numériques, qu’on trouve la vraie chaleur humaine. Parce que l’amitié, au fond, ce n’est pas une présence physique… c’est une présence sincère.
Je suis cette amie qui t’a répondu au téléphone en pleine nuit quand tu ne trouvais pas le sommeil. Je suis cette amie qui t’a apporté des mouchoirs quand tu pleurais la perte d’un être cher. Je suis cette amie qui a pris de tes nouvelles jour après jour quand tu n’allais pas bien, parce que je comprenais ce que tu vivais. Je suis cette amie qui a quitté une réunion pour te tenir la main lors d’un rendez-vous stressant. Je suis cette amie qui a mis les autres avant elle, espérant qu’ils fassent de même le jour où j’en aurai besoin.
Mais le jour où c’est arrivé, le téléphone n’a pas sonné. Personne n’a cogné à ma porte avec des mouchoirs. Personne n’est venu me tenir la main. Personne n’a pris de mes nouvelles. J’étais celle qui croyait que les amis devenaient la famille qu’on choisit. Alors, un soir, j’ai fermé ma sonnerie. J’ai ressenti à la fois du soulagement et de la tristesse. Tristesse pour tout ce que j’avais donné sans retour… et pour ceux à venir qui, eux, auraient peut-être rendu la pareille, mais que je n’ai plus eu la force d’accueillir. J’en ai eu assez de donner sans recevoir.
Aujourd’hui, ceux que je considère mes amis, sont devenus ceux que je retrouve à travers un écran, le soir ou le dimanche après-midi. Je me suis ouverte à eux au fil des discussions, sans attente. Et c’est peut-être pour cela que j’y ai trouvé du réconfort. Étonnamment, malgré la distance, ils répondent toujours au téléphone, peu importe l’heure ou le moment. Ils m’ont entendue pleurer, rire, douter, affronter. Des heures et des kilomètres nous séparent, mais je n’ai jamais la sensation d’être seule, car, chaque jour, ils me choisissent.
Parce qu’au fond, ce n’est pas la proximité qui crée les liens. Ce sont les gestes, les mots, la constance. Ce sont ceux qui choisissent de rester, encore et encore. Et à ceux-là, même de loin, je veux dire merci. Merci d’être devenus la famille que j’ai choisie.
— Isabelle



