Une belle-mère partage un moment complice avec son conjoint et ses beaux-enfants autour d’un jeu de société. Une image qui illustre la richesse et les défis de trouver sa place “en famille”.

Je suis devenue belle-mère — allô les émotions

Je t’avoue que ce rôle, je ne l’ai jamais vraiment voulu. Pour mes propres raisons, je ne voulais pas être mère, et quand je rencontrais des pères monoparentaux sur les applications de rencontre, je devenais anxieuse juste à voir l’éducation donnée, les routines… en gros, rien qui ne me correspondait !

J’ai donc laissé les choses aller, en me disant que j’étais probablement trop brisée de toute façon pour être en couple, trop marquée par mes erreurs, trop portée à réagir sur le coup des émotions. Bref, je me sentais comme une petite bibitte trop difficile à apprivoiser.

Et puis… la vie a mis sur mon chemin un homme avec deux enfants.

J’ai gardé l’esprit ouvert, même si je n’avais jamais vécu ça. Les valeurs, l’éducation, la façon d’être traitée, le rôle à jouer semblaient clairs et j’ai foncé dans l’inconnu. Un peu de manière forcée à cause d’une opération au genou, mais bon, c’était comme ça.

Toutefois, je ne m’attendais pas à ce que le rôle de belle-mère ravive autant de blessures enfouies. Des blessures que j’avais mises sous le tapis du quotidien, ou encore laissées de côté dans une relation passée qui ne répondait pas à mes vrais besoins.

Être belle-mère, c’est avoir constamment l’impression de ne pas vraiment avoir de place. Tu n’es pas la mère, mais tu n’es pas complètement en dehors non plus. Tu restes en marge lorsqu’il s’agit de décisions ou de situations qui concernent directement la mère.

Tu ne participes pas aux occasions spéciales avec les enfants, ce rôle revient aux parents. Alors, tu finis par t’effacer toi-même de la routine, en pensant que tu dois laisser toute la place au papa et à ses enfants, qu’il ne voit qu’une semaine sur deux. Tu te dis que tu n’es pas une priorité, que ton opinion de femme « non-mère » n’est pas légitime.

Tu supportes parfois des paroles blessantes qui viennent de la bouche des enfants, mais qui sont clairement l’écho de leur mère. Et toi, tu penses qu’elle devrait plutôt voir la chance que ses enfants soient entourés avec autant de bienveillance, aimés sincèrement par une personne qui les considère et qu’eux-mêmes apprécient en retour.

Et puis, il y a les remarques des proches : « Tu savais qu’il avait des enfants, tu t’attendais à quoi ? » ou encore « Tu te sentiras toujours seule dans ton couple, tu passeras toujours en dernier ».

Parfois, tu te sens comme une colocataire quand les enfants sont là, parce que la vie va vite et que gérer les crises n’est pas toujours simple. Tu réalises aussi que les enfants feront toujours partie du décor, alors que toi, tu as parfois l’impression de n’être qu’un pion qu’on peut tasser n’importe quand.

Il y a la difficulté de se sentir chez soi, un peu comme une étrangère, surtout quand la maison appartenait auparavant à l’ex. Il y a ce sentiment d’être insignifiante quand ton conjoint trouve la maison vide au départ des enfants. Et il y a aussi ce moment où tu te trouves stupide d’avoir toutes ces pensées, en te rappelant que l’amour d’un parent pour ses enfants ne sera jamais le même que l’amour qu’il porte à son conjoint…

C’est ce mélange d’incompréhension et de silence, parce que tu n’oses pas tout dire, de peur de paraître ridicule. C’est cette danse avec la culpabilité, le décalage, l’impression d’être « de trop » ou « pas assez ». Et c’est aussi le sentiment de ne pas faire partie de leurs souvenirs. De toujours voir la mère – l’ex-compagne – dans le décor. Chaque jour.

Alors peut-être qu’à ce stade de ta lecture, tu te dis que j’aurais dû rester seule… ou chercher un homme sans enfants, au lieu de me lancer dans cette aventure remplie d’anxiété et d’émotions.

Eh bien non !

Parce qu’aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un partenaire qui me respecte profondément dans mon rôle de belle-mère. Nous formons une équipe soudée ! On fait de notre mieux pour les enfants, on se garde des moments à nous quand ils dorment ou quand ils ne sont pas là. On se parle, on se soutient, on veille à ne jamais oublier l’homme et la femme derrière les rôles de papa et de belle-maman.

J’ai découvert en moi un côté maternel que je ne pensais pas avoir. J’aime vraiment être avec eux, « en famille », comme les enfants aiment eux-mêmes le dire. Ce rôle m’a « challengée » pas mal, oui, mais il m’a aussi permis de travailler sur des facettes de moi que je croyais déjà réglées.

J’essaie de ne pas me laisser envahir par les émotions sombres et de profiter pleinement du moment présent. Mon partenaire a toujours été clair avec les enfants ; je ne prendrai jamais la place de leur maman, mais ils pourront toujours compter sur moi.

J’aime la vie que j’ai depuis bientôt un an. Même si certains jours sont encore teintés de doutes, je réalise que le rôle de belle-mère, aussi exigeant soit-il, est surtout une richesse immense à découvrir.

 

— La petite hypersensible

2 réflexions au sujet de “Je suis devenue belle-mère — allô les émotions”

  1. Merci pour ce partage c’est un sujet qui touche beaucoup de monde mais dont on parle pas assez je trouve. C’est vrai que quand on se retrouve dans une famille déjà formée, on ressent tout un tas d’émotions compliquées comme l’impression d’être un peu exclue, de pas savoir trop comment réagir ou même de douter de soi, et c’est pas facile à gérer tous les jours. J’ai lu aussi que beaucoup de belles-mères ont du mal à trouver leur place, entre la pression de faire comme une “vraie mère” et la peur d’être rejetée, et c’est souvent plus dur que ce qu’on imagine.

    1. Une tempête à la fois

      Merci beaucoup pour votre partage ! 🙏

      Vous mettez des mots sur une réalité que vivent de nombreuses belles-mères. Le doute, le sentiment d’exclusion et la pression de trouver sa place dans une famille déjà formée sont des émotions légitimes et souvent peu reconnues..

      Merci d’avoir pris le temps de nous écrire et prenez soin de vous. 🌲🕊

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