La psychologue de mon fils m’a demandée si j’étais fatiguée. Pas si j’avais eu une bonne nuit, non. Si j’étais fatiguée de mon rôle de mère. Mère qui jongle elle-même avec une santé mentale fragile. En réponse, j’ai fui son regard et j’ai dit que non. Elle m’a demandé de la regarder et elle a vu mes joues couvertes de larmes. Elle m’a expliquée que j’ai le droit.
Le jour où l’on devient mère, on nous impose une cape de Super Maman qui doit être forte et présente en tout temps, nuit et jour, sans répit. On doit tout surmonter ; les nuits blanches, l’allaitement et le jugement si ça ne fonctionne pas, les nez qui coulent, les crises, les bobos, la garderie, le retour au travail, les horaires beaucoup trop chargés, l’entrée à l’école, les devoirs, les rencontres de parents, les fêtes de familles, le maudit ménage… On gère tout du mieux que l’on peut avec les connaissances que l’on a et le bagage de vie qui nous suit.
Des fois, on a juste envie d’accrocher la cape quelque temps et de souffler un peu. Mais on a peur du jugement… Est-ce que j’ai le droit d’avoir envie de peser sur pause quelques heures/jours ? J’ai déjà souhaité secrètement qu’on m’induise dans un coma artificiel quelques mois.
Les réseaux sociaux nous bombardent de belles photos de petites familles heureuses, parfaitement coiffées, habillées de beaux vêtements de marques bio responsables qui coûtent plus chers que mon épicerie hebdomadaire. La pression sociale est partout, et tu sais quoi ? Quand la psy de mon fils m’a dit que j’avais le droit d’accrocher ma cape et de poser un genou par terre, j’ai décidé de me foutre des autres.
Sur mes réseaux sociaux, jamais tu vas y voir du « fake ». Sur mes photos, regarde bien, il y a des poils de chien au sol, de la poussière sur les meubles, des jouets qui trainent, du linge sale, des vêtements troués à mon fils ainsi que des vêtements trop grands pour ma pré-ado, parce que c’est ça qu’elle aime. What you see is what you get.
J’ai posé le genou par terre… En fait, je crois plus que je me suis étendue de tout mon long, face première dans la gravelle. Parce que trop longtemps, j’ai ravalé, j’ai refoulé, j’ai encaissé. Et là, la Super Maman ne peut juste plus y arriver.
Si moi, j’ai le droit, toi aussi tu y as droit ! Le ménage se fera plus tard. L’important, c’est d’avoir des bobettes propres et le coeur léger. Le reste on s’en fout. L’opinion des autres ? On s’en fout !
Sois douce avec toi, Super Maman.
— Virginie



