Il y a des gens pour qui le dating, c’est un jeu. Un petit passe-temps, quelque chose qu’on fait entre deux activités, deux réunions, deux stories. Et puis, il y a ceux pour qui c’est tout le contraire. Pour qui une simple discussion, un échange de textos, devient rapidement un monde à part entière.
Moi, j’en fais partie.
Quand je commence à parler à quelqu’un et que ça clique, c’est comme si tout s’allumait à l’intérieur. J’ai envie de rire, de créer, de sortir, de vivre. Tout devient plus coloré, plus vibrant. Même mes journées ordinaires ont un petit goût sucré. Je suis sur un nuage, et tout ce que je fais me semble plus léger.
La vérité, c’est que, même quand tout va bien, je ne vis plus vraiment ma vie. Je flotte. Je perds un peu mes repères, mes routines. Je suis dans ma bulle, à rêver, à anticiper le prochain message, le prochain moment. Et pendant que je plane, le reste s’efface doucement.
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- Je ne fais plus le ménage.
- Je ne dors plus aussi bien.
- Je suis moins concentrée au travail.
- J’ai mille choses à faire, mais une seule pensée en tête.
Tant pis si je suis en retard : j’ai l’impression de vivre quelque chose d’important, de beau, de rare. Mais quand on vit avec un trouble de personnalité limite, ces montagnes russes émotionnelles, elles ne sont pas juste une image. C’est réel. C’est intense. C’est envahissant.
Et quand l’intérêt de l’autre commence à changer, c’est pire. Parce que soudain, tout ce que j’avais mis entre parenthèses (ma vie, mes projets, mes obligations) devient encore plus loin, encore plus inaccessible. Je suis figée entre l’attente et la peur, incapable d’avancer, incapable de me concentrer. Mon esprit tourne en boucle, mais rien n’avance.
Tout devient brumeux, suspendu à un fil invisible : celui d’un message qui ne vient pas.
Je reste pourtant rationnelle dans la relation. Je ne m’impose pas, je respecte l’espace de l’autre. Mais à l’intérieur, c’est un raz-de-marée. Un trop-plein d’émotions qui déborde sur tout le reste.
Et quand la relation (si on peut appeler ça une relation après quelques jours ou semaines de textos) se termine, il y a toujours ce moment de redescente. Je pleure un peu. Je respire beaucoup. Et puis je regarde autour de moi… la vaisselle, les courriels en retard, les projets en suspens. C’est comme si j’avais disparu de ma propre vie pendant un temps. Alors je me reprends.
- Je range.
- Je recommence à exister pour moi.
- Et je me promets de ne plus me laisser happer comme ça.
Mais la vérité, c’est que je ne sais pas encore comment faire autrement. Comment concilier le feu intérieur que je ressens quand je m’attache avec le reste de ma vie d’adulte, mes responsabilités, mes ambitions. Comment aimer sans tout perdre temporairement de vue.
Parce qu’au fond, moi aussi, j’aimerais rencontrer quelqu’un. Pas une histoire parfaite, juste une présence stable. Quelqu’un avec qui je pourrais être moi, sans que mon monde se mette à tourner autour. J’aimerais vivre une relation qui ajoute à ma vie, au lieu de la remplacer.
Mais quand on vit avec un TPL, c’est ça le défi : apprendre à aimer sans se dissoudre. Apprendre à garder un petit bout de soi intact, même quand le coeur s’emballe.
Et je me dis que peut-être, un jour, j’y arriverai. À vivre ma vie et à aimer, sans que l’un prenne toute la place. À trouver cet équilibre fragile, mais possible. Celui où je ne me perds plus, même quand je tombe amoureuse.
— Laurie



