Femme au regard pensif tournée vers la gauche, évoquant la tristesse et la vulnérabilité associées au ghosting et aux blessures émotionnelles.

TPL : quand se faire « ghoster » ravive des blessures bien profondes

Je ne sais pas exactement quand c’est devenu normal de disparaître.

De glisser lentement hors de la conversation, sans mot d’adieu, sans explication, sans courage. De faire comme si les liens tissés, quelques jours plus tôt, s’étaient évaporés dans le néant numérique.

Mais ce que je sais, c’est que ça fait mal. Même quand on fait semblant que non. Même quand on se répète que « c’est la game », que « tout le monde fait ça maintenant ».

Le ghosting, c’est un petit deuil silencieux. Un vide qui s’installe là où, la veille encore, il y avait une promesse, un intérêt, une chaleur. Et quand on est du genre à s’investir, à s’attacher, à y croire un peu, ça devient un coup de vent qui renverse tout sur son passage.

Moi, quand je commence à parler à quelqu’un et que je sens que ça clique, je m’y plonge vraiment. Pas naïvement, mais sincèrement. J’ai envie de voir où ça peut mener. J’ai envie de me donner une vraie chance. Je ne cherche pas le grand amour à tout prix, mais j’aime cette idée de découvrir l’autre, de bâtir quelque chose d’unique, même si ce n’est que le temps d’un moment. Alors oui, quand je crois que ça peut fonctionner, je me concentre sur un seul gars à la fois. J’investis mon énergie, mon temps, mes émotions.

Mais aujourd’hui, on est à l’ère du buffet. On butine, on goûte à tout, on se garde des plans B, C, D… On laisse une conversation ouverte « au cas où », on maintient une story ici, un like là, on garde le lien tiède, pour ne pas fermer complètement la porte.

Je ne pense pas que les gens soient mauvais. Je crois même qu’ils veulent sincèrement rencontrer l’amour. Mais ils s’y prennent souvent d’une façon qui blesse. Parce que dans ce grand buffet de possibilités, on oublie que derrière chaque assiette se trouve un coeur.

Et quand on vit avec un trouble de personnalité limite, ce jeu-là devient encore plus complexe. Parce qu’il y a un sixième sens. Un radar invisible qui capte tout : la microvariation dans le ton, le message plus court que d’habitude, le délai un peu plus long avant de répondre. On sent le détachement avant même qu’il soit nommé. On le sait, sans savoir comment on le sait. Et pourtant, on doute.

On se demande si c’est dans notre tête. Si notre peur du rejet, de l’abandon, nous joue encore des tours. Ou si, cette fois, c’est bien réel : l’autre est en train de s’éloigner, lentement, sûrement.

Et c’est là que la bataille intérieure commence. Est-ce que je m’accroche pour comprendre, au risque d’avoir l’air désespérée ? Est-ce que je laisse aller, au risque de regretter, de me dire que j’ai trop vite abandonné ?

Le ghosting, pour quelqu’un avec un TPL, ce n’est pas juste une déception amoureuse. C’est un déclencheur. C’est la réactivation d’un vieux scénario intérieur : celui où on n’est pas assez. Pas assez calme, pas assez cool, pas assez « facile à aimer ». C’est le miroir d’un rejet qu’on connaît trop bien. Et pourtant, on continue d’espérer.

Parce qu’au fond, on veut juste de la cohérence. On ne demande pas que l’autre reste à tout prix, on demande juste qu’il ait le courage d’exister jusqu’à la fin. De dire les choses. De ne pas fuir dans le silence.

Le ghosting, c’est une forme moderne de lâcheté. Pas parce que les gens veulent faire mal, mais parce qu’ils ne savent plus comment dire qu’ils ne veulent plus. Parce que dire non, aujourd’hui, c’est presque tabou. Parce qu’on confond gentillesse et évitement. Mais éviter quelqu’un pour ne pas le blesser, c’est le blesser encore plus profondément.

Je ne dis pas que c’est simple. Je comprends qu’on puisse ne plus être certain, ne plus avoir envie, ou juste ne pas sentir le bon fit. Mais il y a une façon humaine de le dire. Et cette façon, on l’a perdue.

Alors, on continue à jouer au jeu du buffet. À s’asseoir devant mille options sans vraiment choisir, tout en rêvant de rencontrer quelqu’un qui, lui, ne regardera que nous. C’est paradoxal, mais tellement humain.

Et pendant ce temps-là, on apprend. On apprend à ne plus prendre chaque disparition comme une validation de nos insécurités. On apprend à se rappeler que notre valeur ne dépend pas de la constance d’un inconnu derrière un écran. On apprend à se choisir, même quand l’autre ne le fait pas.

Le ghosting, c’est une douleur sourde, oui. Mais c’est aussi un rappel. Celui que notre coeur, malgré tout, continue d’aimer sincèrement. Et dans ce monde où tout se consomme trop vite, aimer sincèrement, c’est déjà un acte de résistance.

 

— Laurie

1 réflexion au sujet de “TPL : quand se faire « ghoster » ravive des blessures bien profondes”

  1. Marie-Ève Plamondon

    Bonjour,
    Je ne sais pas comment pourquoi jai tomber sur ce texte mais il résume bien le game dating que jai vécu depuis ma sortie de maison d’hébergement..plus d’un an.
    Le ghosting comme vous lavez dis cest comme si je sentais une peur d’être présent chez lautre une peur de s’investir. Et oui avec un TPL cest très intense comment l’ont peu revivre un manque ou un abandon. Petit pas par petit pas, ont y arrives à ce reconstuire et à ne plus dépendre des autres pour ce donnez cette Amour de soit que l’ont mérites tous..
    Merci pour ce partage ☺ ça fais du bien..

    Marie

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