
Une famille, d’abord rêvée et ensuite construite ensemble. Deux parents pour voir au bien-être des enfants. Petites joies, grandes peines, émerveillements, inquiétudes, les enfants nous font vivre une panoplie d’émotions dès qu’ils se pointent le bout du nez dans nos vies.
Je ne soupçonnais même pas l’existence de certains sentiments avant de devenir maman. C’est le plus beau des rôles, et en même temps, le plus difficile. Celui pour lequel je me mets énormément de pression, peu de place à l’erreur, alors qu’au fond, c’est l’expérience humaine la plus riche en apprentissages.
Deux parents qui ont les mêmes préoccupations pour ces petits êtres. Le seul autre humain qui peut m’entendre répéter vingt fois la même histoire, qui paraît si banale pour d’autres : « Notre fils a fait le casse-tête trois morceaux cinq fois de suite aujourd’hui et il riait aux éclats lorsqu’il le finissait ! » Qui d’autre que ce parent, aimant autant que moi cet enfant, pourrait s’émerveiller de petits moments comme ceux-ci et en parler pendant 30 minutes… tout en ressentant autant de fierté et d’accomplissement ?
Une famille heureuse, mais avec des défis comme la plupart. Peu de répit pour passer des moments en couple, des différends, un éloignement. Nous étions toujours une bonne équipe de parents, mais des amoureux de moins en moins présents l’un pour l’autre.
Arriva ce qui devait arriver : la décision de prendre chacun nos propres chemins.
Deuil amoureux, deuil de la famille unie traditionnelle (celle dont nous avions tant rêvée), deuil de ne plus voir mes enfants à chaque jour… Mais un autre deuil auquel je ne m’attendais pas et qui, dans mon cas, perdure depuis longtemps. Celui de la coparentalité telle que je me l’étais imaginée.
Rien ne s’est passé comme prévu. Nous voulions bien nous entendre, rester unis pour les enfants, conserver une bonne communication. Cependant, rien ne s’est passé comme souhaité. Avec la distance, les visions changent, la vie reprend, mais de manière différente, avec parfois un réalignement de valeurs, et la prise de conscience que bien des choses qui nous paraissaient évidentes en tant que famille ne le sont plus lorsque nous sommes chacun de notre côté.
Je ne peux plus partager mes petites ni mes grandes fiertés de maman comme avant avec cette personne qui les aime aussi fort que moi. Cette personne qui les aime inconditionnellement, je ne peux plus l’appeler quand je veux pour être rassurée, car je m’inquiète d’un comportement ou d’une situation qui concerne l’un d’eux, maintenant adolescents. Cette réalité, cette blessure de séparation, je ne m’y attendais pas. Ce n’est que des mois plus tard que j’ai réalisé cette perte. Une autre étape de la séparation qui est arrivée insidieusement, sans avertir. Je n’avais même pas songé à cette possibilité, je ne l’ai pas choisie non plus.
Bien sûr, je suis bien entourée. Je peux jaser et ventiler avec des amis ainsi que mon nouveau conjoint, qui sont tous là pour moi… mais malgré ça, ce ne sera jamais pareil. Je m’efforce de trouver des stratégies pour avoir du support et me sentir moins seule avec mes inquiétudes ou mes questionnements dans mon rôle de maman, tout en essayant de préserver mon entourage de mes angoisses.
Ce n’est pas toujours facile. Les discussions et la compréhension, que seul le père de mes enfants pourrait combler, me manquent et me manqueront probablement encore longtemps. Sachant qu’être parent amène des montagnes russes d’émotions et son lot de situations imprévues, ce réconfort que j’obtenais dans la coparentalité est difficile à trouver ailleurs.
Et pourtant… j’en vois autour de moi, des parents séparés qui s’entraident, se parlent, partagent encore des discussions autour d’un café pour s’émerveiller ou s’inquiéter de leurs enfants !
Avant, je les enviais… Maintenant, j’accepte que ce ne soit pas ainsi pour moi. Que la situation m’apporte parfois du stress et de la tristesse. Que je doive me tourner vers d’autres, qui auront des points de vue plus objectifs, et que ce sera différent. Que ces autres personnes restent disponibles pour moi, comme ils aiment me le rappeler, et que je ne les embêterai pas. Que j’obtiendrai toujours du soutien et de l’écoute pour partager, rire ou pleurer.
Je me suis construite un nouveau cercle de confiance, un « safe space » restreint et choisi, empreint de non-jugement où tout peut être dit et raconté. Les petites et grandes joies, les inquiétudes passagères ou tenaces, les fiertés et les bons coups, je partage mon vécu de maman autrement que ce que j’avais imaginé, mais accueilli avec douceur et présence.
— Virevent



