Femme consultant son téléphone tout en réfléchissant au coût d’une sortie.

Je sais combien ça coûte avant même de savoir si j’en ai envie

Message texte rentrant : « Ça vous tente-tu qu’on aille souper quelque part samedi soir ? »

Je lis le message et, automatiquement, je me mets à compter…
Pour mon assiette, ça va probablement me coûter autour de 30$. Y’a les fameuses taxes, le pourboire. Ça va me coûter entre 40$ et 45$. Un peu plus si je prends un verre. Faut pas que j’oublie l’essence. Va-t-il falloir que je tanke ? J’suis bonne pour combien de kilomètres déjà ? Pis le stationnement est peut-être payant en plus. C’est clair que je ne m’en sors pas en bas de 60$.
Ça m’a pris 20 secondes pour savoir combien la soirée allait me coûter. Mais pas une seule de ces secondes-là à me demander si j’avais réellement envie d’y aller.

Plus j’y pense, plus je réalise que je fais ça avec beaucoup de choses.

Dans un magasin, je retourne l’étiquette avant même de décider si j’aime le morceau. Au resto, mes yeux réussissent à repérer les prix aussi vite que les plats. Quelqu’un propose d’aller voir un spectacle ? Je veux savoir combien coûtent les billets. Une petite fin de semaine quelque part ? Mon cerveau est déjà rendu à additionner l’hôtel, l’essence, les repas et toutes les petites dépenses auxquelles personne ne pense quand il dit : « Ça serait dont le fun de partir deux jours ! »

Pis avant même de décider si je veux y aller, je cherche une option moins chère.

Même quand quelque chose me plaît vraiment, le prix réussit parfois à changer mon opinion. Un chandail à 25$ peut être vraiment beau. À 55$, je suis moins certaine de la couleur.

Je me demande… quand est-ce que j’ai commencé à « penser » comme ça ?

Peut-être que c’est simplement arrivé en vieillissant. Le fait d’avoir davantage de responsabilités, des comptes à payer et beaucoup plus de choses à prévoir. Quand j’ai compris que l’argent dépensé quelque part n’était plus disponible ailleurs. Ou la fois que mon chum m’a demandé de faire une petite épicerie « vite faite » pour la fin de semaine, avec des trucs déjà préparés. « Mystérieusement », ça a coûté 185$… à peine moins cher qu’une épicerie d’une semaine pour notre famille, outchhh !

Tant mieux, dans un sens, je n’ai pas envie de dépenser sans réfléchir.

Je veux savoir où va mon argent, respecter mes limites et être capable de faire des choix en fonction de ce que je peux réellement me permettre. Être responsable financièrement, ce n’est certainement pas quelque chose dont j’ai envie de me débarrasser. Mais parfois, je me demande si, à force de regarder le prix avant tout le reste, je n’ai pas commencé à mélanger deux questions qui n’ont pas la même réponse.

Femme pensive face aux choix et aux préoccupations liés à l’argent.

Est-ce que j’en ai envie ?

Est-ce que je peux me le permettre ?

 

Parce que je peux avoir vraiment envie d’aller à un spectacle, mais décider que 70$ pour un billet, c’est non. Je peux trouver une paire de souliers magnifique et la laisser sur la tablette. Je peux avoir envie d’un week-end ailleurs et réaliser que ce n’est juste pas le bon moment pour moi.

Une envie ne m’oblige pas à sortir ma carte, et heureusement !

Cependant, j’ai l’impression que mon cerveau préfère régler la question avant même que j’aie le temps de me la poser. Si c’est trop cher, aussi bien ne pas trop le vouloir ? C’est pratique, ça évite les déceptions et ça m’empêche de m’emballer trop vite pour une idée.

Mon budget aura fort probablement toujours son mot à dire dans mes décisions, et c’est bien comme ça. Mais il n’a peut-être pas besoin d’avoir le premier mot sur tout ce dont j’ai envie.

Parce que rêver, aimer, avoir envie ou se dire « un jour, peut-être »… ça, au moins, c’est encore gratuit !
— La fille dans l’ombre

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