Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis demandée si j’étais invisible. Pas dans le sens figuré, là. Vraiment « invisible ».
Tu sais, ces moments où quelqu’un parle à tout le monde SAUF À TOI. T’es là, physiquement présente, mais tout le monde semble t’oublier du regard et des mots. Comme si ta présence ne comptait pas vraiment. Du moins, c’est l’impression que ça me donne.
L’autre jour, en réunion, mon boss s’adressait à tout mon département. (Je dis ça comme ça là, mais on est trois hahaha). De TOUTE la rencontre, il n’a jamais une seule fois croisé mon regard. Il blaguait avec les deux autres, lançait des “mes chums”, puis a terminé avec un grand sourire et un “bonne journée les gars”. Et moi, je suis restée là, à me demander… je suis-tu vraiment là, moi ?
Genre, j’avais des choses importantes (très pertinentes) à dire. J’ai essayé de prendre la parole. Je dis bien « essayé ». C’est comme si on m’avait carrément tassée du revers de la main, comme si je n’existais pas ???
C’est fou comment, parfois, l’invisibilité ne vient pas du fait d’être cachée, mais du fait d’être ignorée totalement. D’être là dans la pièce, mais de ne pas exister aux yeux de l’autre. Et sais-tu ce qui est le pire ? C’est quand tu finis par douter toi-même de ta place. À ce moment-là, je m’étais même demandée si mes deux collègues avaient remarqué le gros malaise que je ressentais. Non.
Quand c’est rendu que tu te demandes si tu as vraiment mérité ta place, si t’es assez compétente, assez confiante, assez « quelque chose » pour oser la prendre. Juste écrire ces lignes, j’en ai mal au coeur. Ça me fait de quoi, pour vrai.
Pour moi, prendre sa place, c’est un combat silencieux et horrible. Un combat contre les voix dans ma tête qui me disent de ne pas en faire « trop ». C’est sûrement moi le problème. Un combat contre le regard des autres, contre ta propre gêne, contre cette peur viscérale de déranger.
Mais au fond, prendre sa place, ce n’est pas crier plus fort que les autres. Ce n’est pas se battre pour exister. C’est oser rester soi-même, même quand on te fait sentir que tu prends trop de place, ou pas assez. C’est refuser qu’on ne te voit pas. C’est apprendre à t’asseoir à la table, même quand personne ne t’a tendu la chaise. C’est te rappeler que ta voix vaut quelque chose, même si elle tremble.
Dis de même, ça l’air facile, je le sais. Ce serait dont le fun si ça l’était, hen ?!
Je trouve ça TELLEMENT difficile. Malgré tout, LE PEU DE FOIS que j’arrive à relever la tête, à m’affirmer juste un peu plus, que je dis “moi aussi j’ai quelque chose à dire”… tout en ayant le sentiment d’être si bizarre, si maladroite. Mais, sérieusement, je te le dis… ça va te faire du bien de le faire, parce que c’est dans ces moments que les gens prennent réellement conscience que t’es là. (Ben oui… ça l’air qu’il faut leur rappeler héhé).
Je trouve ça absurde d’avoir à écrire ça, mais c’est vrai.
Si toi aussi t’as déjà eu l’impression d’être invisible, sache que t’existes. Que ta présence compte. Oui, oui. Et que même si t’as peur de déranger, de parler… ben tu mérites pleinement ta place. Ici, maintenant, et partout où tu choisis d’être.
— La fille dans l’ombre



