Il m’arrive d’avoir cette pensée éphémère… Ce moment un peu flou où je me dis qu’il vaudrait peut-être mieux refouler cette peine, cette douleur intérieure, et faire semblant que tout va bien.
Chose que je ne conseillerais jamais à personne, bien évidemment !
On est souvent si doué pour soutenir les autres, les encourager, les remonter, les motiver. Leur dire qu’il n’y a rien de mal à vivre ses émotions, au contraire. Mais la vérité, c’est que parfois, quand je me tiens un peu trop longtemps debout devant la glace, je finis par me perdre dans mon propre regard, vagabondant d’une pensée à l’autre, à la recherche d’un point d’ancrage. Je dérive dans mon propre reflet, sans trop savoir où je vais atterrir.
J’essaie de comprendre. De deviner les prochaines pièces à poser dans ma tête. Les prochaines à faire tenir dans ce chaos intérieur que je connais par coeur.
Je reste là, et j’observe silencieusement
Je finis par voir l’envers du décor. Le revers de ce masque si bien moulé au fil du temps. Derrière, j’y aperçois cette petite fille. Pas seulement brisée, mais aussi éparpillée. Un peu comme un casse-tête tombé sur le sol il y a très longtemps. Des morceaux dispersés partout, certains abîmés et d’autres manquants. Des morceaux qu’elle a essayé d’assembler selon ce qu’elle avait sous la main. Elle voulait juste que quelque chose tienne. Que l’image ressemble à quelque chose, n’importe quoi, pourvu que ça semble correct aux yeux des autres, que ça passe inaperçu.
Et cette fameuse image de casse-tête, c’est moi.
J’ai compris que plus je l’entasse et que j’essaie de l’enfouir dans un coin de mon esprit, plus il s’entremêle, et moins j’ai envie d’y toucher. Sauf qu’à chaque fois, il me revient en vrac, tel un écho rebondissant dans toutes les sphères de ma vie, que ce soit dans mes relations sociales, ma vie amoureuse, au travail, dans mon rôle de maman. Au fond, tout ça dépend de moi. Pas de celle que je montre. Mais celle qui, derrière le masque, choisit enfin de prendre son casse-tête en main. Celle qui accepte de le façonner à son image, morceau par morceau. Parce qu’en fait, c’est elle qui détient le vrai pouvoir de création. Ce sont ces petits morceaux de lumière, ces pièces colorées et inattendues, qui finissent par donner un sens à l’ensemble.
Depuis quelques mois, j’apprends à faire autrement, parce que je n’ai plus envie de recoller des fragments à l’aveuglette. Je prends le temps de comprendre ce que je construis. J’assemble le tout consciemment, même si c’est long. Même si ça demande de détacher certaines parties mal imbriquées. Des pièces s’ajoutent au gré du temps, et je réalise que ça ne sera jamais réellement achevé. En fait, c’est ça la beauté de la vie. Un apprentissage continuel. Et maintenant, je sais que mon casse-tête peut devenir agréable à faire malgré tout.
Je crois sincèrement qu’il n’est jamais trop tard pour demander de l’aide. Je l’ai fait, et j’aurais aimé le faire plus tôt. Mais l’avoir fait avant, je n’aurais peut-être pas su où chercher les bonnes pièces à ce moment-là. Peut-être que l’image aurait été plus floue et incompréhensible.
Ce que j’aimerais que tu retiennes dans tout ça, c’est que ton casse-tête n’a pas besoin d’être parfait aux yeux des autres. Il a seulement besoin d’être le tien, imparfaitement authentique. Parfois, il suffit d’une main tendue pour remettre une pièce en place, et commencer à y voir plus clair.
— Cassandra L.



