Assise au sol dans la pénombre, une jeune personne regarde la lumière entrer, perdue dans ses pensées. Son expression silencieuse reflète une détresse et une solitude.

À quel point le gouvernement à échappé la santé mentale

J’aimerais vous parler à coeur ouvert de ma situation, car en ce moment, le sang palpite dans mes veines et la détresse est grande. Je me sens trahie et abandonnée par notre société, notre gouvernement… du Québec.

Après le décès de ma mère, je suis allée chercher de l’aide. Je n’allais déjà pas très bien, et ce départ soudain n’a pas aidé l’état dépressif dans lequel j’étais plongée. Une première demande a été envoyée au CLSC. Nous étions alors début mai.

À la fin du mois de juin, toujours sans nouvelles d’un possible suivi, mon état mental s’est rapidement dégradé. Les idées noires se faisaient plus concrètes. Je décide de me rendre à l’urgence au lieu de poser un geste définitif, car c’est la souffrance que je désirais faire taire. Alors, on m’a hospitalisée en psychiatrie.

En moins de 15 minutes, on m’a diagnostiquée bipolaire… Je savais que ce n’était pas le cas, mais j’étais là pour avoir de l’aide, parler à quelqu’un, avoir un suivi.

Mais ce n’est pas ça qui est arrivé.

On m’a reprochée de lire, car je « fuyais » dans les romans. Mais moi, c’était soit lire ou faire des casse-têtes. Dites-moi à quel point une chick-lit peut être si dommageable pour la santé mentale ? On m’a jugée sur mes émotions et mon vécu. J’ai passé plusieurs jours sans parler ni à un psychologue ni à un psychiatre. Lorsque est venu le temps de la consultation, le résultat est arrivé rapidement : je n’étais pas bipolaire. Pas même un trouble de personnalité. J’ai des traits forts, mais aucun trouble.

On me fait sortir de l’hôpital… sans rendez-vous, sans suivi, sans médication. Retour à la case départ. MAIS ! On m’annonce qu’on m’a inscrite dans une thérapie de groupe sur la gestion des émotions, qui commencera deux mois plus tard, en septembre. Bon… c’est mieux que rien.

La thérapie arrive enfin et je désenchante rapidement : elle est adressée aux gens vivant avec un TPL (trouble de la personnalité limite) ou qui sont hypersensibles. Deux étiquettes que je n’ai pas… Je suis tout de même les rencontres, j’y apprends plusieurs choses très intéressantes, mais d’autres qui ne s’appliquent pas dans mon contexte de vie. Je me suis ouverte au groupe et j’ai été jugée, plusieurs fois, sans connaître le contexte de mon quotidien. Je comprends rapidement que ce n’est pas le suivi dont j’avais besoin. Cependant, je continue d’aller aux rencontres.

Malheureusement, j’en manque une première (la 4ème) dû à une infection aux poumons qui m’a menée à l’urgence 3 jours avant. J’ai même eu un meeting avec mon éditrice cette journée-là, qui a eu le bonheur de me voir high comme l’Everest à cause de la médication. De base, j’avais averti de mon absence, car avec ce meeting, je comptais travailler sur mon roman. Mais l’infection s’est rajoutée à la raison de mon absence. La deuxième rencontre manquée (la 6ème de 8) a été causée par une insomnie TELLEMENT importante que je me suis effondrée de sommeil ce mardi après-midi, pour ne me réveiller qu’en fin de soirée, bien après la fin de la rencontre… Ce qui m’a provoquée une crise de panique au réveil, à cause de la culpabilité.

Une femme assise contre un mur, la tête baissée, illustrant la détresse, l’abandon et la colère face au système de santé mentale décrits dans le texte.Lors de ma rencontre avec le médecin, qui me suit depuis le décès de ma mère, je lui avoue avoir manqué deux rencontres sur 6 à ce jour (restant deux autres rencontres), et lui explique les raisons. Il trouve le tout légitime, que ça reste que je suis humaine et que ça arrive à tout le monde d’être malade. Il comprend également mon sentiment de ne pas me sentir à ma place, de trouver la thérapie mésadaptée à mes besoins. Il décide donc d’envoyer une nouvelle demande pour un suivi psychologique en solo, où je serai seule avec l’intervenant·e. Je le remercie et quitte son bureau sans me douter de la brique que j’allais recevoir sur la tête le lendemain.

Je reçois un appel d’un numéro masqué que je manque involontairement. On me laisse un message vocal que j’écoute plus tard. Le contenu du message m’a donné envie de m’arracher les veines des bras, de hurler, de tout briser sur mon passage.

Le message vient de l’intervenant de la thérapie, qui m’annonce avoir reçu la demande du médecin vu la veille, mais qu’il me refuse un suivi en individuel tant que je n’ai pas terminé la thérapie de groupe… tout en m’annonçant, au passage, qu’il ne pense pas que je puisse continuer dans le groupe, parce que j’ai manqué deux rencontres. Il doit en discuter avec sa collègue. Il ajoute que « dans le pire des cas » il pourrait me réinscrire au prochain groupe, ce qui veut dire que je recommencerai à zéro. Une thérapie où je me suis volontairement inscrite à la base… et qui m’est mésadaptée. Il termine son message en me demandant de le rappeler, mais mon sentiment a été que la décision était déjà prise sans avoir eu mon côté de l’histoire, sans connaître mes raisons, le contexte de ma demande (approuvée par le médecin traitant) ! Comment ne pas se sentir mise de côté ? Abandonnée par le système ?

On me refuse donc un service psychologique dont j’aurais TANT BESOIN, car j’ai manqué deux rencontres. Tout ça, parce que mon corps ne me supportait pas. Comment ne pas avoir l’impression d’avoir fait des efforts dans le vide ? Comment ne pas avoir l’impression de se faire cracher au visage ? Comment ne pas avoir l’impression qu’on vient de me scier les jambes en deux ?

Malgré ma santé mentale fragile, j’ai continué à écrire, à lire (même si on me l’avait reprochée). Je ne bois pas, je ne consomme pas de drogue. J’ai tout fait pour trouver de l’aide, pour remonter la pente, pour ne pas m’effondrer. Mais là, je l’avoue, je me sens démunie, épuisée, mais surtout… enragée.

À quel point notre société, notre gouvernement, l’a échappé avec la santé mentale ???

Que le gouvernement ne se surprenne pas de la hausse des suicides !

C’est à cause de situations comme cela que des gens s’ouvrent les veines et se pendent. Le plus triste a été de constater que mon suicide n’apporterait rien à la situation. Ça ne servirait donc à rien de m’enlever la vie, sauf leur offrir une patiente de moins à traiter. Je refuse de leur offrir ça, je suis trop forte pour prendre la porte de sortie maintenant, alors que j’ai été chercher de l’aide.

Heureusement, je suis assez forte pour résister à la tentation, même si ce n’est pas l’envie qui manque. Ça m’épuise, mais je suis encore capable de combattre. Je ne pourrai pas vous dire la même chose lorsque viendra la journée où mon corps lâchera de ne pas avoir reçu l’aide demandée à plusieurs reprises.

Voici comment on s’occupe de la santé mentale au Québec : en offrant les lames à ceux qui veulent survivre.

 

— Jessica

4 réflexions au sujet de “À quel point le gouvernement à échappé la santé mentale”

  1. Maryse Guillemette

    Je m’adresse à Jessica pour lui dire qu’effectivement, le système en matière de santé mentale est tout à fait inadéquat. J’ai été quelque peu plus chanceuse que vous d’une certaine façon car on m’avait octroyé une intervenante en santé mentale au CLSC de mon quartier mais au bout de 10 semaines, la thérapie était terminée. Je me suis sentie totalement abandonnée et j’ai fait de nombreuses démarches pour prolonger la thérapie sans aucun succès. Je peux comprendre que 10 semaines puissent être suffisante pour une personne qui vit une situation qui la perturbe à court terme mais dans mon cas, il y avait des années de souffrances, de trouble panique, de dépression et d’insomnie très sévères qui m’avaient amenées à quitter mon métier qui était une passion car en raison d’une prise de benzodiazépine durant des années, je n’arrivais plus à sortir de mon lit. J’ai du faire par la suite un horrible sevrage qui m’a jeté par terre durant un an et demi alors pour moi qui essayait de revivre, ces 19 semaines étaient totalement insuffisantes. En faisant des recherches par la suite, j’ai découvert un organisme communautaire qui offre des thérapies sans limites à un coût très raisonnable mais qui toutefois n’est pas subventionné par l’État. J’ai écrit au premier ministre ainsi qu’au ministre Carmand afin qu’ils accordent des subventions mais ils ne m’ont jamais répondu. J’ai aussi écrit à Québec Solidaire car leurs députés devaient recevoir un 30% d’augmentation de salaire qu’ils jugeaient excessive afin qu’ils subventionnent cet organisme qui agit en santé mentale mais je n’ai encore une fois reçue aucune réponse. Cet organisme se nomme Famille Nouvelle et travaille de manière extraordinaire avec des thérapeutes très humains qui aident vraiment les gens. Si vous avez vraiment besoin d’être écoutée et surtout entendue, je vous invite à les contacter en souhaitant qu’ils puissent vous aider.

    1. Une tempête à la fois

      Bonjour Maryse,

      Merci beaucoup pour votre témoignage et pour le partage de cette merveilleuse ressource. Nous prendrons le temps de contacter l’auteure du texte afin de lui transmettre votre message. ☺️

      Les démarches que vous avez entreprises pour soutenir cet organisme et faire reconnaître les besoins en santé mentale sont très impressionnantes ! 🤍

      À titre informatif, Une tempête à la fois n’est pas un organisme communautaire ni une OBNL. Toutefois, nous offrons des services en santé mentale à moindre coût, sans liste d’attente, avec possibilité de reçus pour assurances et des disponibilités autant de jour que de soir, si jamais cela peut être utile.

      Merci encore d’avoir pris le temps d’écrire et de partager votre vécu. Prenez soin de vous ! 🌲🕊

  2. Jean-Claude Gauthi

    OMG ! Vous décrivez là avec une grande lucidité une terrible réalité qui se cache derrière ce que je surnommerai ici notre façon Kraft, méthode Toyota de venir en aide à ceux qui la réclament. En effet, pour y avoir travaillé de près de l’autre bord de votre clôture, que dis-je, du mur de Berlin en santé mentale, vous dressez un bilan pourtant pressentisse par plusieurs de ce que les programmes peuvent avoir de plus odieux, notamment, l’invalidation de tous ceux qui n’entrent pas dans les bonnes cases. Lorsque le programme pour accueillir les personnes vivant avec un TPL a pris naissance à Laval, il y a plus de 15 ans, un projet pilote avait été institué formé de psychologues d’expérience, dont certains sont partis à la retraite juste après, équipés de formations de pointe. Après que l’expérience fut considérée comme un franc succès, le ministre à l’époque, je crois que c’était Dr Rochon, a décidé d’implanter des répliques de ce programme à l’échèle de la province dans tous les CLSC. Une pâle réplique dois-je dire avec peu ou pas de ressources, un genre clef en main. Ils ont conservé les même règles rigides qui excluaient rapidement les plus vulnérables, sous prétexte de leur offrir un cadre personnel, cadre qui se résumait à dicter la règle des règles qui interdisait la moindre déviation à la règle justement en désignant cela comme un ingrédient thérapeutique. Longue histoire, j’en conviens mais véridique. Un des éléments du rationnel utilisé par le MSQ ainsi que beaucoup de cadres en santé mentale était qu’il fallait mettre des balises pour contenir les listes d’attente de patients pour un psychologue afin que seuls les clients les plus à même de bénéficier de leurs précieux services leur aient accès. Tous les gens plus instables, compliqués à traiter et impulsifs étaient donc éliminés des listes d’attente. Ce qui paraît bien au plan des statistiques. Mais qui paraît moralement mal à mes yeux. Les groupes TPL ont fini par être rebaptisés en groupes de gestion des émotions et plutôt que de prospérer ont graduellement fondu comme peau de chagrin. Je sais que mon témoignage peut sembler décourageant et n’aide en rien votre situation mais ça vient de mon coeur quelque peu meurtri de psy à la retraite. Par, contre, je vous confirme, et ce n’est pas un diagnostic, que vous n’êtes pas folle. Même que le monde a besoin de courageuses dames comme vous qui voyez clair et qui osent partager une histoire qui, à priori, ne semble pas flatteuse mais qui m’a convaincu sans l’ombre d’un doute. Merci.

    1. Une tempête à la fois

      Bonjour Jean-Claude, merci beaucoup pour votre témoignage et pour la profondeur de votre regard. 🙏

      Votre message met des mots sur une réalité que plusieurs pressentent et vivent, souvent en silence.

      Nous tenons à souligner que votre partage ne rabaisse en rien l’auteure du texte ni les personnes concernées. Au contraire, il apporte un éclairage précieux sur les limites structurelles du système et sur les angles morts qui persistent encore en santé mentale.

      Merci d’avoir pris la « parole » avec autant de lucidité, d’honnêteté et de respect. Prenez soin de vous ! 🌲🕊

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