Lettre à la fille que je ne connaîtrai jamais sans trauma ni médication.
Les médicaments m’apaisent, mais ils étouffent mes rêves.
Ils font taire une partie de moi…
Je connais ton nom, ta couleur préférée, mais le reste m’échappe.
J’aurais aimé t’amener par la main et te dire que ce n’est qu’un mauvais rêve,
te promettre que tout reviendrait à la normale.
Tu sais que tu es maman, mais c’est tout.
Les changements constants de médication,
l’espoir à chaque nouvelle pilule,
et la déception quand rien ne fonctionne vraiment.
À ce jour, aucun ne donne ce dont tu aurais eu besoin.
Il y a un deuil à faire.
Le deuil de celle que tu aurais pu être.
Le deuil d’une vie plus légère, plus simple.
Le sentiment d’être un fardeau,
vouloir te voir, mais ne pas te croiser.
Aimer de loin pour ne pas déranger.
Chaque soir, avant de te coucher,
ce sentiment d’échec revient,
comme un rappel silencieux de tout ce que tu n’as pas réussi aujourd’hui.
Alors tu t’isoles. De tout.
Tu pleures quand tu es seule,
parce que c’est là que tu peux enfin lâcher.
Tu te sens impuissante, prisonnière d’un combat invisible.
Tu préfères être seule,
mais la solitude t’angoisse.
Le silence devient trop lourd, mais le bruit aussi.
Tu consultes, encore et encore,
mais rien ne semble vraiment changer.
Tu parles, mais tu ne te sens pas écoutée.
Comme si ta douleur était trop complexe, trop floue, trop fatigante.
Tu vois le temps passer,
et tu te rappelles à quel point tu essaies fort de remonter la pente.
Ton armoire à médicaments est pleine.
Chaque pot raconte un espoir, un essai, une défaite.
Un inventaire de tentatives pour survivre.
Et pourtant, tu es encore là.
Fatiguée, brisée par endroits,
mais toujours debout, même quand personne ne le voit.
— Jade



