Je n’ai pas été à l’écoute de mon corps. Il m’envoyait plusieurs messages pour me faire comprendre que je n’allais pas bien, que je me malmenais.
Ma tête toujours ailleurs, des pensées ruminées maintes et maintes fois, mon corps toujours en réaction. J’ai suivi ce rythme longtemps, beaucoup trop longtemps. Je voulais rester forte, droite, pour mes enfants, ma famille, mes collègues, mes amis… J’ai commencé à perdre des cheveux, je perdais du poids aussi, beaucoup. Des engourdissements étaient presque constants dans mes bras, puis graduellement, une douleur, une pression dans la poitrine s’est installée. Je pleurais peu ou pas. Si l’envie me prenait, ce n’était jamais au bon moment, au bon endroit… donc je me retenais. Ma concentration était en déclin, tous mes muscles étaient crispés. Mon corps m’envoyait ces signaux d’alerte que j’ignorais les uns après les autres.
Je me suis mise à marcher, marcher et encore marcher. Aussitôt que j’avais du temps dans mes journées déjà mouvementées, je marchais. Si je ne marchais pas, je m’entraînais. Ça m’apaisait et je ressentais moins l’inconfort de mon corps dans le mouvement.
L’insomnie s’est invitée, et après plusieurs mois à cette cadence, les larmes ont enfin sorties… aux mauvais moments et aux mauvais endroits. Elles n’arrêtaient plus. C’était trop, mon corps et ma tête n’en pouvaient plus, je les avais poussés à bout. Je me suis retrouvée en clinique avec une pression artérielle beaucoup trop élevée et un brouillard mental difficile à dissiper.
Point de cassure… Point de lumière, d’espoir. Je n’ai pas eu d’autre choix que de m’arrêter. J’avais besoin d’aide pour me reposer, me permettre de vivre ce que je devais vivre sans le retenir.
À force d’engourdir toutes les émotions fortes qui montaient en marchant, en m’entraînant et en poussant mon corps à bout, je ne ressentais… plus rien. J’avais de la difficulté à extérioriser les émotions, le stress prenait toute la place et écrasait tout le reste. En m’arrêtant enfin, j’ai permis à ces émotions qui criaient à l’intérieur de se manifester ; de la colère, de l’impuissance, beaucoup de tristesse, mais aussi de l’apaisement ainsi qu’une petite parcelle de joie de vivre qui se laissait parfois entendre.
Tranquillement, des rires sincères sont revenus, des pleurs aussi, et d’autres passages obligés désagréables. Mais tout est temporaire, rien ne dure. Dans ces moments, j’imaginais une vague, et lorsque j’étais tout en haut de celle-ci, elle n’avait d’autre choix que de redescendre. Ensuite, le calme… Avec le temps, les vagues étaient de moins en moins grandes, de moins en moins intenses.
Depuis l’atteinte de ce point limite, je me suis promise de ne plus engourdir ni enfouir ce qui montait en moi. Les émotions, qu’elles soient agréables ou non, doivent être exprimées, sinon, elles s’impriment dans mon corps et finissent par atteindre la surface un jour ou l’autre.
Il était facile pour moi de tendre la main aux autres, mais ça m’aura pris énormément de temps pour accepter la main des autres. Baisser la garde et admettre que j’avais besoin d’aide pour voir clair, pour me retrouver. Quand je pense à ce moment clé de ma vie, je vois un rayon de soleil timide poindre dans une période de tourmente, qui aura durée plus longtemps que nécessaire.
- Si j’avais su que parler enfin me libérerait en grande partie de tout ce mal-être ;
- Si j’avais réalisé qu’il n’y a aucune comparaison nécessaire entre nos problèmes et ceux des autres ;
- Si j’avais accepté que, moi aussi, j’ai le droit de tomber à certains moments ;
J’aurais souffert moins longtemps et fais preuve de plus de douceur envers moi.
Alors aussi bien ressentir plutôt qu’engourdir.
– Virevent



