Je sais… un accident, ça n’a rien de symbolique à première vue. Et pourtant, selon les croyances, on dit parfois qu’il y a une leçon à comprendre. Qu’on l’a « attiré », qu’il reflète une blessure plus profonde. D’autres diront que c’est injuste, que la vie s’acharne. Ou encore que oui, ça fait « chnoute », mais qu’on va s’en remettre. Peu importe ce que toi tu crois, je te respecte. Ce n’est pas pour débattre que j’écris ces lignes. C’est pour partager ce que ça a éveillé, chez moi. Parce qu’aujourd’hui, la cicatrice sur mon genou me parle. Et elle me raconte bien plus que la chute.
L’anxiété de performance, ça me connaît. Dans le travail. Les études. Les relations. Avoir besoin de prouver qu’on est digne d’amour. Mettre les bouchées doubles. Triples. S’assurer qu’on est perçue comme fiable, compétente, forte. Donner, encore et encore, pour se sentir utile. Monter plus haut, aller plus vite, dire oui à tout, tout le temps. Ralentir ? Ce n’était pas dans mon vocabulaire. Je n’ai jamais pris deux semaines de congé d’affilée. J’ai souvent travaillé tard, les week-ends, à Noël, au jour de l’An. C’est vrai que ça m’a ouvert des portes. Que ça m’a permis de briser certaines croyances sur moi-même. Mais à quel prix ?
Un jour, sans prévenir, le corps dit stop. On se réveille fatiguée, vidée, sans trop savoir pourquoi. Le moindre grain de sable devient un immense sable mouvant. Mais on continue. Parce qu’on doit rester solide. Montrer qu’on gère. Dire non ? Demander de l’aide ? Ouvrir la bouche pour nommer un besoin ? Ça fait peur. Peur qu’on nous voie autrement. Qu’on ne nous aime plus. Qu’on nous juge. Alors on se tait. On accumule. On encaisse. Jusqu’à ce que…
Jusqu’à ce que la vie prenne les devants.
Fin décembre, un accident. Genou fracturé. Une opération dès le lendemain. Deux plaques de métal, plusieurs vis. Plus d’entraînement. Plus d’autonomie. Juste du repos. De la douleur. Et cette impression désagréable de ne plus « être moi ». J’ai tenté de garder le cap, de rester lumineuse… mais en dedans, ça vacillait. J’étais en colère de devoir dépendre des autres. Honteuse de ne pas réussir à faire ce que je faisais avant. Ma santé mentale en a pris un coup. Trois mois en béquilles. Une plaie qui ne voulait pas guérir. Et ce sentiment profond d’être mise sur pause, contre mon gré. Comme si la vie m’avait clouée au sol pour me forcer à regarder ce que je ne voulais plus voir.
Je ne sais pas encore si mon genou reviendra à 100 %. Mais je sais que moi, je ne reviendrai pas tout à fait la même.
Il y a des bouts de moi que j’ai redécouverts dans ce ralentissement. Des fragilités que j’apprends à accueillir, au lieu de cacher. J’essaie de transformer les obstacles en leçons. Les détours en tremplins. Les échecs en vérités nécessaires. Et surtout, j’apprends à me donner de la valeur, même quand je ne performe pas. Même quand je fais moins. Même quand je suis fatiguée.
Peut-être que toi aussi, tu es en train d’apprendre à ralentir. Si c’est le cas… je te serre fort. On n’a pas besoin d’attendre de tomber pour s’écouter !
— Mérédith



