Homme assis, la tête entre les mains, traversant une période de détresse et de remise en question, symbole du poids émotionnel et du début d’un chemin vers la guérison.

Se choisir : mieux vaut tard que jamais

J’ai 57 ans, et je vais vous avouer que la vie m’est rentré dedans et pas à peu près.

J’étais au sommet d’une montagne dont j’ai passé une bonne partie de mon existence à gravir. Une montagne qui n’était pas la mienne.

Entrepreneur, trois merveilleux enfants, une femme que j’aimais plus que tout. Et pourtant, j’ai laissé tout ça me filer entre les doigts. Pourquoi ? Parce que je devais poursuivre le rêve de mon père : l’entreprise familiale. Malheureusement, je l’ai fait au détriment de ma propre personne et de ce qui comptait le plus pour moi. Ma famille…

Quand mon père est décédé, étant enfant unique, j’ai cru que reprendre son flambeau était la seule chose à faire. J’avais 28 ans à l’époque, un jeune père plein d’ambition, convaincu que je n’avais d’autres choix que d’honorer cet héritage familial. L’entreprise était déjà bien établie, mais je visais toujours plus grand et plus haut. Je voulais l’apporter à un tout autre niveau. Mais à quel prix ?

Mes enfants ont grandi avec un père constamment absorbé par son travail. Autrement dit, absent. Ma femme est partie. Et moi, j’ai fini par me perdre aussi.

J’ai commencé à noyer ce que je ressentais dans la boisson. Une bière ou deux le soir, parfois plus. J’ai touché le fond, et j’y suis resté un bon moment. Un gouffre plus sombre que la nuit, croyez-moi !

Je me souviendrai toujours de ce dimanche après-midi quand un ami de longue date est passé me voir, à l’improviste. On parlait de la vie, de ce qu’on était devenus. Puis, il m’a regardé droit dans les yeux en me demandant : « Après tout ce que t’as laissé derrière pour y arriver, tu dirais-tu que ça en a valu la peine ? » Cette question-là m’a forcé à regarder en face l’homme que j’étais devenu, bien loin de celui que je voulais être au départ. Ce jour-là, quelque chose a changé en moi. Vous savez, cette révélation soudaine qui vous fait prendre conscience que là, c’est le moment de vous prendre en main ? J’ai commencé à croire qu’il restait encore du beau devant moi, que je pouvais être autre chose qu’un propriétaire d’entreprise à l’esprit visionnaire. Être moi.

Pendant trop longtemps, j’ai porté ce même chapeau, laissant les autres prendre la poussière. J’ai joué un rôle qu’on attendait de moi, sans jamais me demander si c’était vraiment cela que je voulais. J’ai réalisé que j’étais une personne avant d’être un titre. Un homme, tout simplement. Un homme qui s’était oublié au profit d’une image, d’un statut qu’il croyait devoir tenir.

C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de consulter. Oui, une aide professionnelle.

Entre-temps, j’ai quitté ce qui ne me convenait plus, c’est-à-dire mon entreprise. J’ai mis un genou à terre, le temps de reprendre mon souffle. Je ne vous mentirai pas, demander de l’aide, ça n’a pas été facile. J’ai dû mettre mon orgueil de côté, admettre que j’étais vraiment à bout.

C’est d’ailleurs grâce à ma plus grande fille, si j’ai entrepris une démarche en relation d’aide avec l’entreprise Une tempête à la fois, il y a cinq ans. Chaque séance m’a aidé à enlever une couche de béton bien ancrée dans mon esprit. Je ne remercierai jamais assez Laurie, mon intervenante, pour tout le soutien qu’elle m’a apporté durant ce processus, mais aussi encore aujourd’hui. Dès la première rencontre, elle a saisi mon besoin et compris ma réalité. Son écoute et son professionnalisme m’ont permis d’avancer sans pression. À l’occasion, il m’arrive de prendre rendez-vous avec elle, simplement pour faire le point.

Oui, j’ai trébuché plusieurs fois. J’ai douté, j’ai ressenti de la colère, de la honte, de la culpabilité… et j’ai même pleuré. Chaque jour, je travaille fort mentalement pour être moi et suivre mon chemin. Pas celui que mon père aurait voulu. Maintenant, ça fait cinq ans que j’ai cessé complètement de boire. Cinq ans de sobriété, de discipline, de travail sur moi, et surtout, de vraie présence auprès de mes enfants. Me choisir jour après jour, c’est le plus beau cadeau que je puisse faire à moi-même et à ceux que j’aime.

À vous tous qui lisez ceci : mieux vaut tard que jamais. Prenez soin de vous et vivez votre vie, pas celle des autres.

 

F. D.

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