Je voulais simplement aller à l’épicerie.
Une petite sortie de quinze/vingt minutes pour acheter trois ingrédients afin de nous préparer des petits cocktails à la maison.
Rien de compliqué.
Enfin… en « théorie ».
Parce que dans ma tête, cette « simple » sortie s’est rapidement transformée en une succession de scénarios, de petites inquiétudes et de questions qui se bousculaient les unes après les autres.
Et je me suis demandé…
Est-ce que je suis la seule à vivre ce genre de réflexions ?
Alors aujourd’hui, j’avais envie de te raconter cette sortie à l’épicerie… exactement comme mon cerveau anxieux l’a vécue.
1. Le trafic.
Avant même de sortir de chez moi, je regarde à quoi ça ressemble à l’extérieur.
Oh non !
Il y a clairement un événement au centre-ville en ce moment.
Pis j’habite littéralement en plein dedans.
Des voitures à perte de vue. Une longue file jusque dans ma rue attendant de pouvoir passer à la lumière de l’intersection.
Et là, mon cerveau commence…
Comment je vais faire pour sortir de mon entrée ?
Est-ce que quelqu’un va me laisser passer ?
Je vais-tu rester prise pendant vingt minutes ?
Pis si quelqu’un me klaxonne ?
Je n’ai même pas encore mis un pied dehors… et je feel déjà so so.
2. La robe.
Bon.
Avant de partir…
Je regarde la robe que je porte.
Elle est jolie.
Le seul problème ? Au moindre coup de vent, elle pourrait décider de montrer beaucoup plus que ce qu’elle devrait.
Nope. Je retourne dans ma chambre et je change de robe.
J’en choisis une plus ajustée.
Là… je suis safe.
(Le destin riait déjà de moi.)
3. Sortir de mon entrée.
Miracle.
Je réussis à sortir.
Sauf que… il y a du monde en tabarouette !
Genre PARTOUT.
Des familles. Des enfants qui courent. Des gens qui traversent.
J’ai l’impression que tout le monde peut apparaître devant mon auto à n’importe quel moment.
Je conduis pour moi.
Je conduis pour les autres.
Je conduis aussi pour ceux qui ne regardent même pas avant de traverser.
4. Trouver un stationnement.
J’arrive enfin à l’épicerie.
Oh my god……
Il y a encore plus de monde.
Je tourne.
Je tourne encore.
Je finis par trouver une place de stationnement.
Elle est un peu serrée…
Mais bon, r’garde, ça fera l’affaire.
Je prends seulement mes clés.
Je laisse le reste dans l’auto.
Comme ça, je ne perdrai rien !
(C’est important pour plus tard.)
5. Le vent.
Je descends de l’auto.
Et évidemment… le vent se lève.
Je sens ma robe vouloir remonter.
Pardon ?
C’est justement pour éviter ça que j’ai changé de robe (pis une chance hen) !
Je la retiens discrètement.
Enfin…
J’essaie d’avoir l’air discrète.
6. Traverser jusqu’à l’épicerie.
Il y a un passage piéton.
J’ai priorité.
En « théorie ».
Parce que les voitures, elles, avancent quand même assez vite malgré tout.
J’y vais ?
J’attends ?
Je fais quoi ?
J’établis un contact visuel avec le premier conducteur.
Il me laisse passer à la dernière seconde.
Le deuxième aussi.
OK.
GO.
AVANT DE MOURIR.
Je traverse vite, vite.
Comme si je venais de réussir une épreuve olympique.
7. Ma liste.
- Citrons bio.
- Jus de lime.
- Glace concassée.
Je me les répète sans arrêt.
Citrons bio. Jus de lime. Glace concassée.
Arrivée devant les fruits.
Bon… plus de citrons bio.
Évidemment.
Mais la recette disait bien citron. Pas lime.
Bon…
Je vais devoir prendre des citrons ordinaires.
J’hésite.
Est-ce qu’on va mourir avec des citrons « ordinaires » ?
Je pense pas…
Ok, je prends un sac.
Je me sens tellement sur les nerfs, j’ai l’air de quoi là moi, devant les citrons à me poser mille et une questions ? À un tel point que je m’enfarge dans mes gougounes…
Le comble.
Est-ce que quelqu’un m’a vue ?
Petit regard discret autour.
Non.
Fiou.
Je continue.
…
Mon portefeuille.
…
Il est où ?
Ah.
Oui…
Je l’ai « volontairement » laissé dans la voiture pour ne pas être encombrée.
Waw… bravo à moi !!!
Très bonne idée ça…
8. Le walk of shame.
Il faut maintenant que je ressorte de l’épicerie…
Sans rien acheter.
Pour retourner à ma voiture.
Dans ma tête, tout le monde me regarde.
Ils vont penser que j’ai volé.
Pourquoi elle ressort les mains vides ?
C’est louche.
La réalité ?
Absolument personne ne porte attention à moi.
Mais convaincre mon cerveau de ça…
C’est une autre histoire.
9. Deuxième essai.
Je retourne chercher mes affaires.
Je me dépêche.
Je m’enfarge ENCORE dans mes gougounes.
J’arrive à la caisse.
OK.
Qu’est-ce qu’on fait déjà ? Qu’est-ce qu’on doit dire ?
La caissière me dit un bonjour.
Oui, c’est ça !!!
Bonjour !
Finalement, tout se passe bien.
Je paie.
Je respire.
Je mets mes clés et mon portefeuille directement dans mon sac d’épicerie.
Comme ça, j’aurai une main libre.
Tsé, au cas où… Le vent, la robe…
10. Enfin… le retour.
J’arrive à mon auto.
Mes clés.
…
Elles ne sont plus dans mes mains.
Panique.
Ah oui !
Je les ai mises dans le sac.
Je dépose le sac.
Je cherche.
Je regarde autour de moi.
J’ai-tu l’air complètement perdue ? Je me sens tellement perdue…
Fais comme si tout était normal.
Regarde pas trop autour.
Aie l’air de savoir exactement ce que tu fais.
Je démarre enfin.
Pas de musique.
Pas d’air climatisé.
J’ai besoin de toute ma concentration pour reculer.
Puis arrivent les fameux arrêts dans le stationnement.
Pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’être la seule à faire mes stops complètement ?
Eh oui… ma tête se refait le Code de la sécurité routière au complet pendant que les autres semblent improviser. Genre, mon cerveau est vraiment en mode « analyse » complète.
Finalement…
J’arrive à la maison.
Vivante.
Avec mes citrons « PAS BIO ».
Mon jus de lime.
Mon sac de glace.
Et environ 4 700 pensées de plus qu’au moment où je suis partie.
Pendant toute cette sortie, je suis persuadée que les gens remarquent chacun de mes gestes.
Que tout le monde voit mes hésitations, mes maladresses et mes petits moments de panique.
Pourtant…
La réalité est probablement toute autre.
La plupart des gens étaient bien trop occupés à penser à leur propre journée pour remarquer la mienne.
C’est ça qui est quand même assez particulier avec l’anxiété.
Elle est invisible bien souvent.
Pour les autres, j’étais simplement une personne qui faisait son épicerie.
Pour moi, c’était une heure passée à gérer des dizaines de scénarios, à tenter de prévoir chaque imprévu et à essayer de paraître complètement calme… alors que mon cerveau courait dans tous les sens.
Et toi…
Est-ce qu’il t’arrive, toi aussi, de vivre ce genre de dialogue intérieur pendant des situations qui semblent pourtant banales ?



